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Achalander le badaud
Jardin des Tuileries
 
 
espaces

publics

Alexander Ponomarev
 
Alexander Ponomarev. Krokin Gallery
 
 
La FIAC, la maintenant célèbre foire d'art de Paris, pour des raisons esthétiques et pratiques (plus d'espace) peut-être aussi mercantiles, espérant que la pénurie ferait augmenter la demande, a décidé de réduire considérablement le nombre des galeries (de 219 à 98) admises au saint des saints, le Grand Palais.
Pour satisfaire plus de monde, il fallait s'aventurer dans d'autres lieux et, pourquoi pas mettre "en situation" des œuvres monumentales destinées sans doute à des lieux publics. La route piétonnière qui mène du Grand Palais à la cour Carrée du Louvre, où certains "refusés" ont quand même trouvé refuge, passe par le jardin des Tuileries : vaste espace où depuis de nombreuses années des œuvres d'art, de Maillol à Kirili, sont offertes aux badauds, promeneurs et… enfants jouant au cerceau.

Plusieurs galeries ont donc pu coloniser ce jardin savamment agencé pour placer des pièces qui, par leur format ne conviennent qu'aux grands espaces. Cette manifestation dans la manifestation, agressant avec peu de conviction des passants et touristes peu enclins à se perdre dans les dédales proto-intellectuels des adeptes d'un art contemporain élitiste et pédant, ne permet pas de relever le défi : montrer aux acquéreurs hypothétiques que l'art contemporain trouve sa place et se moule naturellement dans des espaces publics construits, eux avec art et métier.
Si I am alive de Tonny Cragg, la vague de cailloux blancs de Richard Long, les drapeaux délavés de Wilfredo Prieto ou le Niveau de Lotha Hannez ne s'en sortent pas mal, le sous-marin épave d'Alexander Ponomarev qui émerge avec lourdeur du bassin où naguère les enfants faisaient naviguer leurs petits voiliers, les Oubliés d'Othoniel avec son collier de perles en verre de Murano perché à une branche d'arbre, les faux grafitti de Scurti ; les énormes Sumo de David Nash ou la curieuse colonne scatologique de Franz West ne soulèvent pas l'enthousiasme des foules… et que dire des éventuels acquéreurs.
Un comble pour une foire qui se propose d'animer un marché. Comme le faisait remarquer un badaud devant la colonne de sceaux monumentaux produite par Subodh Gupta : "les plus sots ne sont pas ceux qu'on pense".
Bernard Blum
Paris, octobre 2006
 
Subodh Gupta
 
Subodh Gupta, Giant Leap of Faith, 2006. Galerie Art & Public

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