Au Havre, les Semaines Européennes de l'Image, "La ville, l'homme et sa demeure"
Couturier
Stéphane Couturier,

"Séoul Kangso-Gu, Monuments N°9"

(1999-2001, cibachrome, © Stéphane Couturier)
Archéologie



de la ville,



territoires habités



et espaces construits,



architectures imaginaires,



liens entre l'immeuble



et le corps,



relations entre



le Bâti et



le Vivant,



les Semaines Européennes



de l'Image



rassemblent...

Après une première manifestation en 2000, les Semaines Européennes de l'Image récidivent avec "Le Bâti, Le Vivant". A voir cet été au Havre et cet automne au Luxembourg.

Deux parcours successifs et complémentaires présentent, dans deux villes différentes, les pratiques contemporaines de la photographie à travers les œuvres d'une quarantaine d'artistes. Les images retenues ont en commun un même questionnement sur le rapport du construit et de celui qui l'habite. Immeubles, routes, sans-abri, urbanisme, intérieurs, c'est une ville aux multiples facettes qui s'expose. Au Havre, l'exposition a lieu dans sept lieux différents qui sont autant d'occasion d'une balade à travers la ville normande.

Ainsi, au bord de la mer, le Musée Malraux accueille dans le cadre des "Semaines", une exposition mettant en relation le travail de Balthasar Burkhard et celui de Stéphane Couturier. Mis à part le grand format, tout semble éloigner ces deux photographes. Burkhard travaille en noir et blanc et c'est la ville dans sa globalité qu'il appréhende. A l'inverse, en couleurs, Couturier s'intéresse à des aspects plus particuliers de la cité, un immeuble en construction ou un nouveau quartier.

Burkhard survole la ville, ces vues aériennes nous montrent des villes proliférantes et tentaculaires, comme dans "Mexico City" (1999) ou "Paris" (1998), un magnifique diptyque. Le spectateur est irrémédiablement attiré par cette immensité, par cet urbanisme fascinant de Los Angeles, San Diego ou Madrid. Chaque ville semble dégager une atmosphère particulière qui la rend immédiatement reconnaissable.

A l'inverse des œuvres de Burkhard qui absorbent le spectateur, celles de Couturier affirment une nette frontalité. Il questionne la ville et sa réalité en juxtaposant dans des triptyques des photographies d'un même site, mais légèrement décalés de sorte que les bâtiments ne nous semblent pas vraisemblables. Pour Couturier l'architecture est un "nouveau monolithe", un module qui rend les villes homogènes. Dans ses photographies de gratte-ciel réalisées à Séoul, comme "Seoul Kangso-Gu, Monuments N°9" (1999-2001), on distingue nettement l'uniformité et l'étrangeté engendrée par ces récentes constructions. Burkard nous dévoile l'ensemble, Couturier le détail. Tous deux s'interrogent sur les grandes métropoles, presque interchangeables d'un pays à l'autre. "Deux regards sur la ville", deux archéologies urbaines qui paraissent presque complémentaires.

Plus loin dans le centre ville havrais, au Centre Chorégraphique National, les plasticiens-danseurs N+N Corsino exposent plusieurs de leurs installations "vidéo-chorégraphiques". Ils proposent au corps et au mouvement des nouveaux espaces d'expression imaginaires issus des nouvelles technologies. Une de leurs vidéos est exposée au Musée Malraux, "Topologies de l'instant", qui permet au spectateur d'effectuer un voyage audiovisuel dans cinq "mondes" différents par l'intermédiaire d'un danseur numérisé qu'on peut diriger grâce à une mannette de commande.

Avec Le Havre et Luxembourg, une troisième ville européenne s'est associée cette année au projet, Rubiera (Italie) avec l'Association Linea di Confine per la Fotographia Contemporanea. Sur les docks du Havre, dans les locaux bruts des "Ateliers Associés", ce groupe de travail présente les œuvres de cinq photographes italiens, parmi lesquels celles de Paola Di Bello. Celle-ci appréhende une manière toute différente de "vivre la ville", celle des sans-abri. A travers ces clochards dormant dans la rue, parfois sous des refuges de fortune, l'artiste s'interroge sur les diverses formes du territoire et ses relations avec l'humain. Ces grands formats horizontaux comme "Rischiano pene molto severe" (1998) sont accrochées verticalement, affirmant d'avantage ces corps qui se reposent.

Outre la photographie, cette exposition présente également des vidéos, comme celles de Rachel Reupke, exposées - conjointement avec un feuilleton photographique sur Israël par George Dupin - à l'Université du Havre. Les vidéos en couleurs atténuées de Reupke se concentrent sur les déplacements humains (en avion, en voiture, à pied) et sur les flux visuels qu'ils engendrent. Ces vidéos sont filmées en plan fixe introduisant ainsi une artificialité et une étrangeté dans ces circuits. Dans une des vidéos, un avion roule dans la direction de la piste de décollage d'un aéroport et s'arrête brusquement pour laisser passer un piéton. L'action est lente, on dirait que l'avion met un temps infini pour faire cent mètres. Le son est intriguant et l'atmosphère mystérieuse. Sans pouvoir l'expliquer, on sent que quelque chose n'est pas tout à fait normal. Les vidéos de Rachel Reupke sont constituées d'actions énigmatiques. Le montage, l'étrangeté des sons et des couleurs, tout concourt à installer une atmosphère d'artificialité, parfois même de malaise.

En face de l'Université, à l'Ecole d'Art du Havre, ce sont François Nougiès et Marie Sacconi qui s'exposent. Eux aussi s'intéressent aux déplacements humains dans l'espace urbain. Avec "Jockey's Club Tour 2002", Nougiès nous propose un nouveau jeu qui prend place dans un rond point, dans lequel un jockey à cheval doit galoper les plus longtemps possible à la hauteur d'une même voiture. Dans ses photographies de culs de camions prises sur l'autoroute ("Elle ne mène pas au paradis", 2002), Sacconi aborde le mouvement des hommes ; pas seulement celui des marchandises, mais aussi celui des échanges d'idées. Le "bâti" englobe les voies de circulation et ceux qui s'en servent.

A travers divers lieux d'expositions, les Semaines Européennes de l'Image ont investi toute la ville du Havre. L'exposition se poursuit dans la gare et, au delà, sur le réseau ferroviaire de la région. En effet, des étudiants de l'Ecole d'Art exposent leurs travaux dans certains trains et stations régionales. L'ancienne Consigne de la gare abrite les photographies de Fabrice Dubreuil et Paola Salerno, deux artistes qui s'intéressent à l'espace public et aux territoires qui les entourent. Salerno capte des images de sa région d'origine en Italie, la Calabre. Tandis que Dubreuil, originaire de Rouen, réalise des photographies d'observation de l'espace urbain. Au fil du temps, il élabore une sorte de banque d'images du centre ville, dans lesquelles il s'attache aux détails, comme dans "Replay" (2002).

Archéologie de la ville, territoires habités et espaces construits, architectures imaginaires, liens entre l'immeuble et le corps, relations entre le Bâti et le Vivant, les Semaines Européennes de l'Image rassemblent d'intéressantes images fort différentes. Richesse et diversité d'une manifestation consacrée à la photographie contemporaine internationale, qui vaut certainement un petit détour par la Normandie cet été. Rendez-vous à la rentrée au Luxembourg pour la deuxième partie des "Semaines" qui - organisées par Café Crème (Paul di Felice, Pierre Stiwer) et Danielle Igniti de la Galerie Néi Liicht - devraient tenir leurs promesses.

Sophie Richard,
le Havre, juillet 2002

"le Bati, le Vivant"

Au Havre :
–  Renseignements tél. : 00 33 (0)2 35 53 79 09,
semaines.européennes.image@wanadoo.fr
–  Balthasar Burkhard, Stéphane Couturier : Deux Regards sur la Ville, Musée Malraux, 2, bd Clémenceau, tél. : 00 33 (0)2 35 19 62 62,
du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h, fermé le mardi, jusqu'au 29 juillet
–  N+N Corsino, Centre Chorégraphique national du Havre Haute-Normandie, 30, rue des Briquetiers, tél. : 00 33 (0)2 35 26 23 00
et Musée Malraux du lundi au vendredi de 13 h à 19 h, samedi et dimanche de 11 h 19 h, fermé le mardi, jusqu'au 24 juillet
–  Linea di Confine : Olivo Barbieri, Sergio Buffini, Paola di Bello, William Guerrieri, Marco Signorini
AA-Ateliers Associés, Av. Lucien Corbeau, tél. : 0033 2 35 53 79 09,
du lundi au vendredi de 13 h à 19 h, samedi et dimanche de 11 h à 19 h, fermé le mardi, jusqu'au 28 juillet
–  George Dupin, Rachel Reupke, Université du Havre, Maison de l'Etudiant, 50, rue J-J Rousseau, tél. : 00 33 (0)2 32 74 42 42
Du lundi au vendredi de 13 h à 18 h, samedi et dimanche de 11 h à 18 h, fermé le mardi, jusqu'au 21 juillet
–  François Nouguiès, Marie Sacconi, Ecole d'Art du Havre, 66, rue Demidoff, tél. : 00 33 (0)2 35 53 79 09
Du lundi au vendredi de 13 h à 19 h,, samedi et dimanche de 11 h à 19 h, fermé le mardi, jusqu'au 28 juillet
–  Fabrice Dubreuil, Paola Salerno, La Consigne, Gare SNCF, Passage Magellan, tél. : 00 33 (0)2 35 53 79 09
Du lundi au vendredi de 13 h à 19 h,, samedi et dimanche de 11 h à 19 h, fermé le mardi, jusqu'au 28 juillet
–  Etudiants de l'Ecole d'Art du Havre, Wagons de la Ligne LER Le Havre, Rolleville, tél. : 00 33 (0)2 35 53 79 09, jusqu'au 28 juillet


A Luxembourg :
–  Renseignements : 45 46 19, CafeCreme et cafecreme@compuserve.com
–  Les Semaines Européennes de l'Image auront lieu à Luxembourg du 26 septembre au 5 décembre.
–  Centre Culturel Français, dans la capitale (Lieux : Présences, Absences – Ultralab "Tu me manques")
–  Chapelle du Rham (Lieux : Présences, Absences – I et II)
–  Dudelange à la Galerie Néi Liicht (La Petite Maison dans l'Inconscient et Lieux : Présences, Absences – II : Photographie finlandaise).
 Art Workshop 02  Urban Life, Public Relations, Luxembourg 2002,
l'exposition de Win Delvoye
et Le Bâti et le Vivant, Semaines Européennes de l'Image au Luxembourg

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