ArchiSkulptur à la fondation Beyeler, Riehen (Bâle)
 
 


Minoru Yamasaki, World Trade Center, New York, 1962-1976 Corbis/Bill Ross/RDB
 
Pas de frontière

Fondation Beyeler

Architecture et sculpture

Mises en scène spatiales

Mystification

La forme ne saurait faire oublier la fonction

Responsables de la destructuration des villes

Responsables de catastrophes sociétales

Sculpture Herzog & de Meuron

Il n'y a pas de frontière. Il n'y a naturellement aucune frontière sinon artificielle, entre les différentes expressions d'une culture à un moment donné. Il n'y a naturellement aucune raison de penser que les architectes les plus avant-gardistes aient pu se mettre à l'écart des grands courants de l'art contemporain, tout au long du 20ème siècle. La fondation Beyeler de Riehen (Bâle) en Suisse s'est vouée à la démonstration de cette étroite relation entre les "2 arts" : architecture et sculpture. Tout au long de cette magnifique exposition les chefs d'œuvres s'accumulent et se suivent les uns après les autres. Comme se plait à le souligner Markus Brüderlin, le curateur de cette exposition, on peut citer, sans être exhaustif les relations de Maillol avec le classicisme, le constructivisme ou le gothique, mais encore l'intense tentation "plastique" des architectes comme Mies van der Rohe, Frank Lloyd Wright, Le Corbusier, Frank O. Gehry, Arata Isozaki, Jean Nouvel, Herzog & de Meuron, UN Studio, etc.



Kasimir Malevitch, Architekton Gota, 1923, version 1926
Plâtre, 85,3 x 56 x 52,5 cm, © 2004, Musée National Russe, Saint-Pétersbourg


Tout au long du siècle, les plus grands architectes se sont positionnés en sculpteurs, modelant les immeubles ou créant de formes proches, inspirées ?, de celles des artistes plasticiens. Ils ont créé des "mises en scène spatiales" qui peuvent se référer aux plus grands noms de la sculpture contemporaine : Auguste Rodin, Gaudi, Pablo Picasso, Kasimir Malewitsch, Constantin Brancusi, Giorgio de Chirico, Eduardo Chillida, Max Bill, Alberto Giocometti, Per Kirkeby, Tony Cragg, Mondrian Ö.. L'exposition accumule ainsi les preuves. La démonstration qui ne semble pas s'arrêter. Ce faisant, on touche pourtant du doigt, mais sans le dévoiler car tel n'est pas le but, une immense mystification. En effet, le travail de l'architecte peut se prêter à d'intéressantes recherches esthétiques, mais il ne doit pas oublier que la fonction du bâtiment est primordiale. Dans le domaine des sciences biologiques, on prétend que la fonction crée l'organe. Pour l'architecture, la forme ne saurait faire oublier la fonction, la vie et la société qui doivent animer les structures. Un immeuble sert à vivre, habiter, travailler, présenter, produire…



Alberto Giacometti, Le Cube (Pavillon nocturne), 1933/34, Bronze, 94 x 54 x 59 cm
Kunsthaus Zürich, Fondation Alberto Giacometti
2004, Kunsthaus Zürich 2004, ProLitteris, Zürich


Or les architectes se sont laissés aller à créer des formes architecturales fort esthétiques ou intéressantes, et sont devenus doublement responsables. Responsables de la destructuration de villes qui sont le résultat d'une lente métamorphose qui court des siècles durant. Autant la sculpture vient souvent ponctuer ou habiter un espace habité, les "œuvres" des architectes viennent trop souvent crever le canevas harmonieux des ensembles urbains. L'immeuble "Swiss Re" de Norman Forster dans le cœur de Londres en est un bon exemple. Responsables de grandes catastrophes sociétales en construisant les célèbres "barres et tours" qui cadencent nos banlieues, causes de gethoisation et des problèmes graves qui sévissent dans ces quartiers. Quand les architectes se prennent pour des artistes et entendent d'abord faire œuvre esthétique, ils vont trop loin. En concevant l'immeuble de la fondation Cartier, boulevard Raspail à Paris, Jean Nouvel voulait créer une œuvre "toute de transparence". Enfermé dans son rêve esthétique il s'est alors allé à regretter que les employés de cette fondation y travaillent et y disposent de bureaux : "ils réduisent la transparence". A la fondation Beyeler, la mystification s'achève en apothéose par la monumentale sculpture construite par le cabinet d'architecture Herzog et de Meuron dans le parc de la fondation.

Une très belle exposition.

Bernard Blum
Paris, octobre 2004



Herzog & de Meuron, Poste d'aiguillage central CFF, Bâle, 1994-1997
Herzog & de Meuron, photo: Margherita Spiluttini, Vienne
 
 


Norman Foster and Partners, Swiss Re, Londres, 1997-2004
Photo: Nigel Young/Foster and Partners
 

ArchiSkulptur, modelles, sculptures et peintures
Fondation Beyeler, Baselstrasse 1001, CH-4125 Riehen/Bâle, Suisse
téléphone : +41(0) 61 645 97 00,
www.beyeler.com
Du 3 octobre 2004 au 30 janvier 2005, tous les jours de 10h à 18h, le mercredi jusqu'à 20h
Entrée adulte : CHF 18

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