Joshua Alquistou les leçons de ténèbres.
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Joshua Alquist
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Sur les épais murs de la Tour Saint-Aubin, seul vestige d'une ancienne abbaye, en plein centre d'Angers, seize grands dessins, fermant la porte à la réalité, happent immédiatement le spectateur avec un évident pouvoir de suggestion et l'entraînent - « tout au fond du jour, en poussières et silence d'archives » - dans une atmosphère étrange, ténébreuse, d'un autre âge, d'un autre monde. On croit avoir été renvoyé au XIXe siècle, à l'époque du romantisme et du fantastique, ou aussi bien être convoqué dans une dystopie futuriste. On hésite, « arrêté soudain » par ces figures « venu(es), dirait Jacques Réda (1), d'un fond plus ancien ou futur, à jamais futur, perdu comme ce chien / qui semble enfermé dans l'effroi d'une métempsycose et qui flaire entre les jardins la trace de l'oubli ». Dans ces grands dessins mêlant fusain et pastel, le noir domine, omniprésent, régnant sur un univers que la lumière, le soleil semblent n'avoir jamais atteint et qui reste plongé dans des limbes obscurs. De ces atmosphères brumeuses, fuligineuses émergent à peine des architectures grandioses qui paraissent sur le point de s'effondrer ou de se dissoudre, la proie des eaux ou des flammes, des paysages désolés - affres d'un monde inhumain, ravages de guerres perdues ? - aux sols mouvants, des silhouettes fantomatiques qui errent malgré elles ou se livrent à des rituels inconnus. Quelques éclats de couleur froide, rouge, jaune ou bleu, parcourent certaines scènes et les font surgir comme brièvement du néant. Mais les ténèbres retomberont inexorablement sur ces territoires oubliés et perdus. Visions qui naissent du noir, de derrière la paupière, songes de la nuit qui se transforment en poussières de fusain et de pastel. Même un nuage solitaire survit venu d'un ciel intérieur. Le silence étrangement les enveloppe, comme si le bruit qui les entourait ne traversait pas l'espace, ne parvenait pas jusqu'à nous. En déplaçant son regard sur la ligne du temps, pourtant, en glissant du passé vers l’avenir, quelqu’un pourrait aussi deviner dans cet affrontement entre ténèbres et lumière, dans ce tourbillon d’effacements et d’apparitions, d’affaissements et de résurgences, une renaissance en marche, à sa première aube. Comment savoir sur quel versant incline ce monde ? On semble voir là, en quelque sorte, des visions hypnagogiques avec une force de fascination telle qu'un Max Ernst pouvait en créer dans un autre style à l'époque surréaliste. Parallèlement sont exposés aussi des dessins au crayon ou au fusain sur fond blanc où se déploient à profusion des foules entremêlées et des architectures imaginaires aux formes curieusement végétales. Toute une fantasmagorie qui, rêve ou cauchemar, a le pouvoir d'envoûtement des Illuminations de Rimbaud, des cercles de l'Enfer de Dante ou des songes lancinants d'un Lovecraft. Mais l'artiste, à l'instar de Rimbaud, semble seul posséder la clé de cette parade sauvage.
L'artiste, c'est Joshua Alquist. Il n'a pas encore trente ans – il les aura cette année ; à peine diplômé des Beaux-Arts d'Angers, il a postulé pour le Prix David Weil de l'Académie des Beaux-Arts de Paris et obtenu le 2ème prix de dessin avec la promesse d'une exposition rue Bonaparte qui n'aura jamais lieu pour cause de Covid. Depuis, il poursuit en solitaire, discrètement, une multiple carrière d'artiste, à la fois dessinateur, sculpteur, photographe (du noir et blanc principalement) - l'ensemble de son œuvre plastique est d'une indéniable cohérence - et même musicien : il compose au clavier des musiques dans lesquelles on décèle, dans une autre tonalité, une même originalité. Quand on l'interroge, il dit être autant marqué par les dessins de Victor Hugo, les œuvres symbolistes d'un Léon Spilliaert ou des pictorialistes, les films de Méliès que par l'univers des jeux vidéo contemporains qu'il pratique assidûment. Culture large et ouverte dont il fait une synthèse originale pour proposer une création toute singulière. On est curieux de voir comment il peut faire évoluer un tel monde intérieur. Il faut venir contempler ces dessins audacieux et rares. Une œuvre en devenir qui impose déjà sa singularité, mérite de sortir de l'anonymat et de s'exposer dans de nouvelles galeries. Gildas Portalis
Angers, janvier 2026
Joshua Alquist
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