Christo et Jeanne-Claude
Paris !
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Christo et Jeanne-Claude, affiche

Je me souviens encore lorsque je traversais la Seine après le Châtelet pour me rendre aux abords du Pont-Neuf et voir comment s'est faite la mise en place de son empaquetage. Je partais des Halles vers Saint-Germain-des-Près ainsi chaque matin pour me rendre à la rédaction du magazine, art press, pour lequel je travaillais.

Sans doute que les parisiens et les étrangers se souviennent encore du Pont-Neuf tout habillé d'une tissu beige quelque peu soyeux (de la toile grès doré) qui prenait la lumière extraordinairement. Les promeneurs habituels et occasionnels ont pu ainsi déambuler dans la capitale lors de cet extraordinaire moment qui avait déchainé tant de passions et de réactions tant chez les politiques, la Ville de Paris, que dans le public. Il suffira de voir le superbe film documentaire réalisé par Albert et David Maysles, Christo in Paris (1990), qui montre les interviews réalisés dans la rue avec les passants qui s'enflamment et qui se posent des questions sur l'art et ses notions… Ce sont des moments tordants de micro-trottoirs ! Ce film retrace les dix années consacrées par Christo et Jeanne-Claude au projet The Pont-Neuf Wrapped. A ne pas manquer pour ceux qui n'ont pas pu assister à ce moment étonnant dans la capitale. L'idée de nos deux artistes avait mis plus de cinq années pour être finalement réalisée.

L'exposition : Christo et Jeanne-Claude. Paris, est en tous points remarquable à plus d'un titre. Elle retrace leur période parisienne, entre 1958 et 1964, ainsi que l'histoire du projet The Pont-Neuf Wrapped [Le Pont-Neuf empaqueté], Paris, 1975-1985. Elle se présente aussi comme une avant-première au projet L'Arc de Triomphe, Wrapped (Project for Paris, Place de l'Étoile – Charles De Gaulle), qui sera réalisée l'an prochain du 18 septembre au 3 octobre 2021. Nous savons pourquoi l'évènement a été retardé ! Christo était malade au mois de mars et il n'aurait pas pu venir au vernissage de son expo. Il décède le 31 mai 2020.


Quelques notes biographiques : Christo (Christo Vladimirov Javacheff) et Jeanne-Claude (Jeanne-Claude Marie Denat) sont nés tous deux le 13 juin 1935, respectivement à Gabrovo (Bulgarie) et à Casablanca (Maroc) Jeanne-Claude Marie Denat-de Guillebon, née en 1935 à Casablanca, Maroc - décédée en 2009 à New-York. Christo fuit la Bulgarie communiste pour se rendre à Prague en 1956. Il parvient à s'échapper du bloc soviétique en 1957 en passant dans un premier temps par Vienne, puis par Genève, pour finalement s'établir en mars 1958 à Paris, où il rencontre Jeanne-Claude à l'âge de 23 ans. (1) Christo est décédé le 31 mai 2020.

Nous verrons sur les documents de l'exposition de nombreuses photos où ils apparaissent avec les amis qui les ont soutenu, notamment quelques critiques d'art, Pierre Restany (le concepteur des Nouveaux Réalistes), des politiques, Jacques Chirac fut enthousiaste lors de la réalisation finale du projet qu'il trouva impressionnant et formidable ! comme il aimait à le dire. Mais nous voyons aussi des photos avec l'écrivain et psychanalyste, Julia Kristeva, bulgare d'origine elle aussi, et Philippe Sollers, son mari lors d'un dîner à la Closerie des Lilas (documents reproduits dans le très beau catalogue).

Quant Christo arrive à Paris, il réalise des portraits à l'huile, pour des familles de la grande bourgeoisie, il signe la plupart de ces œuvres de son vrai nom "Javacheff". Dans sa chambre-atelier, il créé ce qu'il nomme son Inventaire – un ensemble de boîtes en métal, bouteilles, caisses et plus tard de barils, empaquetés dans du tissu rigidifié par de la laque et ficelés, qu'il signe de son nom d'artiste, "Christo" (voir les barils de la rue Visconti qui font date, Mur provisoire de tonneaux métalliques - Le Rideau de fer, rue Visconti, Paris - 27 juin 1962. En réaction à la construction récente du Mur de Berlin, en octobre 1961, il imagine de barrer la rue Visconti – l'une des plus étroites rues de Paris – avec des barils. Il parvient à réaliser le projet, avec la complicité de Jeanne-Claude, le soir du 27 juin 1962, avant d'être sommé par la police de démanteler son édifice. "Il ne s'agissait pas tant de créer un objet, mais plutôt la texture de l'objet lui-même" disait-il. Le monde de l'art prend acte tout d'abord de cette installation nouvelle au caractère politique et de son effet plastique. "Les taches d'huile, les couleurs délavées, la rouille, les bosses – Je les trouvais fascinants, très beaux, car ils faisaient vrais." Toutes ces Surfaces d'Empaquetage résultent de ces expériences réalisées avec du papier, parfois du tissu, auquel Christo donne un aspect accidenté par des "froissages", des plis rigidifiés avec de la laque, la peinture rehaussant les reliefs. Il créé la série des "Cratères", utilise des ficelles, des cordes, du polyéthylène, un film plastique, qui deviendra un matériau de prédilection. Suivront les empaquetages des statues, et des modèles vivants… D'autres artistes étrangers comme les italiens utilisèrent certains de ces matériaux dits "pauvres", mais aussi des français tel que Pierre-Yves Hervy-Vaillant, etc.

L'exposition est un ensemble de 337 pièces, incluant 36 dessins et collages originaux, une maquette, des documents d'archives, des éléments d'ingénierie issus du projet réalisé et environ 200 photographies de Wolfgang Volz (il a travaillé plus de 40 ans auprès des artistes). Ici, sont présentées des oeuvres diverses tels que les cratères, les dessins de tous les projets, les fameuses étagères, le petit cheval sur roue, des objets emballés, plastifiés et momifiés, pourrait-on dire ! "Tous nos projets, soulignera Christo à propos de ces projets colossaux, ont un très fort caractère d'effacement. Le tissu transmets toute la fragilité des œuvres qui vont disparaître (…). Grâce à cette matière vulnérable se crée une urgence du regard (…). L'œuvre est au sujet de la liberté ; la liberté est ennemie de la possession et la possession équivaut à la permanence."

La commissaire a prit le parti, entre autre, d'un principe d'exposition-dossier, constitué pour chaque projet majeur de Christo et Jeanne-Claude, consistant à préserver "la mémoire des œuvres temporaires, de faire comprendre leur ampleur et leur complexité, en retraçant l'histoire du projet, des prémices à sa réalisation."


Le Pont-Neuf empaqueté : "Depuis plus de quatre siècles, le Pont-Neuf a été le sujet de centaines d'œuvres", explique Christo, "Une fois empaqueté pour deux semaines, il est devenu une œuvre d'art à part entière". S'inscrivant dans la lignée de Jacques Callot, Turner, Renoir, Brassaï, Pissaro, Picasso et Marquet, Christo et Jeanne-Claude écriront un nouveau chapitre de l'histoire du pont parisien. À l'instar de toutes les œuvres temporaires de Christo et Jeanne-Claude, The Pont-Neuf Wrapped, Paris, 1975-1985 [Le Pont-Neuf empaqueté, Paris, 1975-1985] a été présenté pendant une durée très brève du 22 septembre au 6 octobre 1985. "Tous nos projets temporaires ont un caractère nomade, transitoire, ils sont en perpétuel mouvement", précise Christo, "Ces œuvres ne sont visibles qu'une fois dans une vie mais restent gravées dans les mémoires. Cet aspect est essentiel dans notre démarche et rappelle un principe résolument humain : rien ne dure éternellement et c'est là toute la beauté de la vie". Le critique Otto Hahn écrivait : "Les cordes (…) enserrent, étranglent (…) cherchent le point faible avant de se nouer et se renouer comme s'il s'agissait d'enchaîner un corps qui se débat".


Flash Forward Christo. Ce qu’il était prévu cette année…

Christo, devait, en étroite collaboration avec le Centre des monuments nationaux (CMN) et le Centre Pompidou, créer une œuvre temporaire à Paris intitulée L'Arc de triomphe empaqueté (Projet pour Paris, Place de l'Étoile-Charles de Gaulle). Compte tenu de la pandémie du Covid-19, Christo, le Centre des monuments nationaux et le Centre Pompidou ont, d'un commun accord, décidé le report d'une année de L'Arc de Triomphe empaqueté, initialement prévu à l'automne 2020. Cette œuvre sera donc visible pendant 16 jours, du samedi 18 septembre au dimanche 3 octobre 2021. Elle nécessitera 25 000 mètres carrés de tissu recyclable en polypropylène argent bleuté et 7 000 mètres de corde rouge. Il est utile de signaler au public, encore une fois, ceci : L'Arc de triomphe empaqueté sera entièrement autofinancé par Christo grâce à la vente de ses études préparatoires, dessins, collages du projet ainsi que des maquettes, œuvres des années cinquante-soixante et des lithographies originales dédiés à d'autres sujets. Il ne bénéficiera d'aucun financement public ou privé.

Cette exposition nous fait revivre toute une époque trépidante où les artistes osaient s'engager et imaginaient des projets hors du commun en s'emparant de l'espace public. Ce fut le cas à Berlin avec l'emballage du Reichstag (1995) et au Japon, et Monuments temporaires, dans le port de Cologne, plus tard appelé Dockside Packages (Empaquetages à quai),The Floating Piers, Valley Curtain (1970-1972), Surronded Islands (une ceinture en polypropylène rose fuchsia- 1980-1983), Parasol Bridge (1340 parasols bleu à Ibaraki, Japon et en Californie avec 1760 jaunes, etc.

Sophie Duplaix, la commissaire de l'exposition, cite Christo : "(…) tout dans mon œuvre est résolument littéral" ou encore : "(…) vous ne pouvez pas remplacer le plaisir et la sensualité des choses réelles".
Plus loin, elle évoque notamment quelques réflexions de deux auteurs, Lawrence Alloway et David Bourdon (en 1969 et en 1970, David Bourdon, Christo, New York, Abrams, 1970), qui mettent le corpus d'œuvres de Christo en perspective pour proposer, à l'occasion de la parution d'ouvrages monographiques de référence, une analyse plus approfondie de l'empaquetage. David Bourdon, écrit : "un développement éclairant sur la privation de fonctionnalité de l'objet induite par le geste d'empaquetage de Christo, analyse fondée sur la conception du tissu comme membrane au sein de laquelle des transformations s'opèrent comme dans un organisme vivant. "En occultant la nature de l'objet et en niant sa fonction, précise l'auteur, Christo fait de ses empaquetages des auto-contradictions, tenues entre le littéral et le métamorphique. Enfermés dans une chrysalide, les objets sont métaphysiquement en transit." (Voir le texte du catalogue).

On terminera l'évocation de ces deux artistes en notant que l'histoire de l'empaquetage (du geste de Christo) est une manière de concevoir une oeuvre d'art afin qu'elle apparaisse, en partie, comme "la révélation par la dissimulation", d'une certaine manière, mais aussi par une mise en perspective des matériaux de l'artiste "voilés" qui la constitue ! Ce dernier mot constitue une proposition…
 
Patrick Amine
Paris, juillet 2020
 
Christo et Jeanne-Claude. Paris ! jusqu'au 19 octobre 2020
Centre Georges Pompidou, Paris. www.centrepompidou.fr
 
 

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The Arc de Triumph (Project for Paris, Place de l'Etoile – Charles de Gaulle)
Wrapped Collage 2018 in two parts12 x 30 1/2" and 26 1/4 x 30 1/2" (30.5 x 77.5 cm and 66.7 x 77.5 cm)
Pencil, charcoal, wax crayon, fabric, twine, enamel paint, photograph by Wolfgang Volz, hand-drawn map and tape
Photo : André Grossmann© 2018 Christo
 

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Christo dans le couloir menant à son atelier, 1962 / Jeanne-Claude devant Mur d’assemblage à la Galerie J, Paris, 1962
© Christo 1962 © Enzo Sellerio - Olivia et Antonio Sellerio ayants-droit de Enzo Sellerio / © Raymond de Seynes
 

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Christo et Jeanne-Claude sont reçus, avec Johannes Schaub, par Jacques Chirac et Françoise de Panafieu,
adjointe au Maire de Paris, à l’Hôtel de Ville, le 21 février 1982. Au cours de ce rendez-vous filmé par les frères Maysles,
Jacques Chirac, favorable au projet, précise qu’il n’accordera formellement son autorisation qu’après les prochaines élections,
prévues au printemps 1983.© Christo 1982 / Photo © Wolfgang Volz.
Notes :

(1) Par la suite, Christo commence avec Jeanne-Claude, suite à leur rencontre, à développer les projets temporaires monumentaux pour lesquels ils sont désormais célèbres.
Sur le film : Les frères Albert et David Maysles (1926-2015 et 1931-1987) ont accompagné Christo et Jeanne-Claude à partir des années 1970 pour filmer sans concession toutes les étapes de l'élaboration de nombre de leurs projets. Leur cinéma "direct", qui leur a valu une place majeure dans l'histoire du document filmé, a permis d'immortaliser les instants les plus spectaculaires comme les plus triviaux du déroulement des projets. Achevé en 1990, le film retrace l'aventure de l'empaquetage du Pont-Neuf depuis ses débuts, en y mêlant le récit biographique de Christo et Jeanne-Claude, qui permet au spectateur d'entrer dans la vie de ce couple exceptionnel à qui l'on doit des réalisations hors normes. Prenant la forme d'allers-retours entre une bataille sans relâche pour l'accomplissement du projet et la résurgence des souvenirs de jeunesse des artistes. (Réalisateurs : Albert Maysles, David Maysles, Deborah Dickson et Susan Froemke 16 mm, couleur, sonore 58 minutes © Maysles Films, Inc.).
Catalogue de l'exposition : Le catalogue présente des documents inédits et dévoile le processus créatif à l'origine de la carrière de l'artiste. Sous la direction de Sophie Duplaix. Éditions du Centre Pompidou. 18 mars, 2020.
Réservations et billet imprimable à domicile sur : Le Centre Pompidou 75191 Paris cedex 04 / T. 00 33 (0)1 44 78 12 33 - Métro : Hôtel de Ville, Rambuteau / RER Châtelet-Les-Halles Horaires et Tarifs - Exposition ouverte tous les jours de 11h à 21h, le jeudi jusqu'à 23h, sauf le mardi et le 1er mai.Le Centre Pompidou est sur Facebook, Twitter, Instagram, YouTube et Soundcloud : @CentrePompidou #CentrePompidou
 
 

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