Editions "la trame"
une passerelle entre des rives

Edition la trame

Editions "la trame"

Chacun des livres part d'une rencontre entre trois mondes.
Le sujet scientifique, qui préside, est nourri par la littérature et par les arts plastiques.
Pour combler un fameux Et-Et-Et, comme le voulait Gilles Deleuze.




Il y a les jeunes éditeurs courageux. Il y a petits éditeurs audacieux. Et puis il y a les éditeurs funambules, que l'on peut dire les deux à la fois. Ceux-là sortent non seulement des voies tracées mais osent des juxtapositions de genres, intrépides, qui ne posent même pas la question de ce qui se fait ou pas. Presque tranquillement, ils coupent les vallées transversales de la publication, se jouant des géographies, pour établir des ponts suspendus entre les disciplines.

Annick Blavier, avec sa maison "la trame" - elle tient aux minuscules, comme à la taille de cette maison - est de ces éditeurs-là. Avec un aplomb serein, elle brouille les pistes et sort les gens de leurs tiroirs. Plasticienne, elle a décidé un jour de 2001 que les artistes, dans les livres, devaient avoir une place à part entière. Ne plus être cantonnés à l'illustration des textes, mais être aussi le livre.

Une chose à laquelle elle tient aussi, en tout cas, c'est à l'aspect collectif de son entreprise. Pas d'égo, pas de règne. Une dynamique, certes, qu'elle insuffle, mais tout doit être "groupe-projet" . Ou plutôt "groupe-sujet" comme disait Félix Guattari. Il faudrait citer tous les auteurs qui tissent cette trame, écrivains, plasticiens, historiens, scientifiques… N'en citer que quelques-un serait contraire à l'esprit.

Quatre axes ont présidé la création de la maison : les thèmes généraux - notamment scientifiques - la rencontre entre les gens de différentes disciplines - qui en général ne se rencontrent jamais- et la liberté d'expression - poétique comme politique ou féministe, ce qui est d'ailleurs tout à fait la même chose… Et enfin, et surtout, la non-hiérarchie au sein du sommaire d'un recueil de textes. Les auteurs "reconnus" sont logés dans la même caverne que les "inconnus", les "vivants répondent aux morts", les artistes prennent la place qui leur revient, sur des pages qui ont même valeur que les textes ou les citations d'écrivains, ou les démonstrations de savants, à la fois très sérieuses et souvent traitées ludiques.

Que ce soit dans Frontière : Le temps, dans La visite est terminée, consacré à la sexualité féminine, ou dans La puissance de l'Inertie, la question de base nous concerne tous. Viennent alors les interprétations de chacun. A noter par exemple le texte de Rita El Khayat sur la non-éducation sexuelle d'une fille musulmane, ou celui d'un sexologue, François de Carufel, sur les différents orgasmes féminins. Et les dessins de Carmela Garcia ou les photos de Anne Lefebvre dans le même opus. Et puis la démonstration de Laurent d'Ursel sur l'inertie, dont le titre est déjà poême : Sa puissance… est de me rendre fou. De petits miracles suspendus.

Et puis, même si elle en rougirait peut-être, il faut citer "L'histoire, y'en n'a pas", recueil de Annick Blavier elle-même, de ses états d'âme et de ses choix-photos retravaillées. Des textes ciselés, argentés, un rien acides. Regard amusé, lucide. On en demanderait plus…

Une maison d'édition intime, mais aussi solaire, qui devrait aiguillonner les grands éditeurs plan-plan. Qui cite encore les Rhizomes de Deleuze, ou Aporie de Derrida ? Et pourtant, il y a une jolie place vacante. La trame déconstruit l'écharpe du silence.
Une maille à l'endroit, une maille à l'envers.
 
Pierre-Louis Humbert, Bruxelles, juin 2008
 
 
 

Edition la trame

Edition la trame

 
 
Edition "la trame", rue Dautzenberg 33, 1050 Bruxelles - www.annick-blavier.org - ablavier@latrame.org

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